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Atatürk’ün Fransızca Hayatı (Fransızca Atatürk Biyografisi)

Atatürk’ün Fransızca Hayatı (Fransızca Atatürk Biyografisi)

Mustafa Kemal Atatürk

(né à Salonique le 12 mars 1881 – mort à Istanbul le 10 novembre 1938)

Est le fondateur et le premier président de la République turque. Après la Première Guerre mondiale et l’occupation alliée de l’Empire ottoman, ce militaire de carrière refuse de voir l’Empire ottoman être démembré par le traité de Sèvres. Accompagné de partisans, il se révolte contre le gouvernement impérial et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C’est de cette ville qu’il mène la guerre contre les occupants à la tête de la résistance turque.

Sous son commandement, les forces turques vainquent les armées arméniennes, françaises et italiennes. Puis il défait les armées grecques qui occupent la ville et la région d’Izmir, la Thrace orientale et certaines îles de la mer Égée. Après la bataille de Sakarya, la Grande assemblée nationale de Turquie lui donne le titre de Gazi (le victorieux) ; il parvient ensuite à repousser les armées grecques hors de Turquie. Suite à ces victoires, les forces britanniques choisissent de signer un premier armistice avec lui et s’engagent à quitter le pays.




Mustafa Kemal affirme également une volonté farouche de rupture avec le passé impérial ottoman et de réformes radicales pour son pays.
Il profite de la trahison du sultan avec l’armistice de Moudros pour mettre un terme au sultanat le 1er novembre 1922. Il instaure de la sorte une séparation entre le pouvoir politique (sultanat) et spirituel (califat).

Après la proclamation de la République, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara et il occidentalise le pays au travers de plusieurs réformes. Notamment, il laïcise la Turquie, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Sous sa présidence autoritaire, la Turquie a mené une révolution sociale sans précédent, qu’on appelle généralement révolution kémaliste. Le 24 novembre 1934, l’Assemblée lui donne le nom d’Atatürk « père des Turcs. » Il meurt d’une cirrhose du foie le 10 novembre 1938. Au cours des funérailles nationales il est enterré au musée ethnographique d’Ankara. Sa dépouille repose aujourd’hui dans le mausolée dit de l’Anıtkabir.

Jeunesse et activités politiques
Mustafa Kemal Atatürk est né en 1881 avenue Islâhhâne dans le quartier de Kocakasım, à Salonique (actuelle Thessalonique). Le jour exact de sa naissance est inconnu. Sa maison natale est actuellement le siège du consulat turc et abrite également un musée.
Son père se nomme Ali Rıza Efendi et sa mère Zübeyde Hanım. Son grand-père paternel Hafız Ahmet Efendi descend des tribus nomades Kocacık (Turkmènes Yürüks), originaires de Konya et d’Aydın, qui se sont établies en Macédoine aux XIVe siècle et XVe siècle. Sa mère appartient à une vieille famille établie au bourg de Langaza dans les environs de la même ville. Des cinq frères et sœurs d’Atatürk, quatre meurent en bas âge et seule Makboulé vécut jusqu’en 1956. Mustafa Kemal commence son éducation à l’école coranique du quartier de Hafız Mehmet Efendi ; puis, suivant la volonté de son père, il entre à l’école laïque privée Şemsi Efendi. C’est à cette époque que son père meurt, en 1888. Sa mère s’installe alors à une trentaine de kilomètres de Thessalonique dans une ferme où travaille son frère. Mustafa Kemal doit cesser sa scolarisation pour devenir berger. Devant son refus de recevoir l’enseignement d’un pope grec, puis d’un imam, sa mère décide alors de le rescolariser à Thessalonique où il est hébergé chez sa tante.
En 1893, alors qu’il a douze ans, il se présente au concours d’entrée au collège militaire sans en parler à quiconque. Sa mère craint les vicissitudes et les conditions difficiles de la vie militaire dans l’Empire ottoman. C’est dans cette école que son professeur de mathématiques Mustafa Bey décide d’ajouter « Kemal » (parfait, complet) à son nom pour ses talents en mathématiques, parce que « deux Mustafa dans la même classe, c’est trop ».




Dans les années 1896 à 1899 il termine deuxième de sa promotion au lycée militaire de Manastir. À cette époque, les seules études supérieures possibles étaient les études de théologie et les études militaires. Il entre à l’école de guerre d’Istanbul et ces études d’officier à l’occidentale le font entrer dans l’élite intellectuelle ottomane.
Il y découvre la littérature et la poésie. Ses auteurs préférés sont Voltaire, Rousseau, Auguste Comte, Camille Desmoulins et Montesquieu. C’est ainsi qu’il devient un admirateur des Lumières,[1] mais également de la France révolutionnaire et il ne cache pas son admiration pour Napoléon.

En 1902 il sort de cette école avec le grade de lieutenant. Il entreprend ensuite des études à l’académie militaire, qu’il achève le 11 janvier 1905 avec le grade de capitaine.
Dans cette académie, il devient membre d’un comité secret qui diffuse un journal contestataire à l’égard du pouvoir impérial, Vatan. Il organise fréquemment les réunions du comité. Mais peu habitué aux méthodes d’agitation clandestine, il se fait arrêter avec ses amis du comité le 29 décembre 1904. Ils sont incarcérés à la prison rouge d’Istanbul où il reste enfermé plusieurs semaines.

À sa libération, il est dépêché à Damas.[2] Puis, entre 1905 et 1907, il sert en Syrie dans la 5e armée, un régiment de cavalerie devant combattre les rebelles druzes. Il rencontre à Damas des dizaines d’officiers hostiles au sultan et au régime impérial. Il décide de créer une association révolutionnaire, Patrie et liberté qui vise à combattre et à renverser le sultan.

L’organisation grandit rapidement et possède bientôt des ramifications dans toutes les unités syriennes. Il ébauche un plan de coup d’État contre le sultan se basant sur une stratégie suivant laquelle toutes les unités ottomanes placées sous son contrôle marcheraient sur Istanbul et détrôneraient le sultan. Mais, face à trop de difficultés — les arabes ne seraient pas prêt à soutenir les ottomans, Istanbul et Damas sont beaucoup trop éloignés et ses hommes ne supporteraient pas un tel voyage, et enfin, le régime impérial aurait eu le temps de répondre à cette révolte militaire — le plan est finalement abandonné.

En 1907 il obtient le rang de Kolağası (entre capitaine et commandant). Il reçoit une lettre de son ami Fethi Okyar lui disant qu’il perd son temps en Syrie, et que la révolution qu’il attend se produirait dans les Balkans. Mustafa Kemal essaie donc de se faire transférer dans une garnison européenne. Il s’y emploie pendant plus d’un an, faisant jouer toutes ses relations au sein du ministère de la guerre. Il est finalement nommé à la 3e armée, basée à Salonique en 1907.

Là, il découvre une puissante organisation révolutionnaire : le Comité union et Progrès. La même année, il adhère avec Fethi Okyar à la franc-maçonnerie. C’est à l’abri des loges que le Comité union et progrès se réunit. Mustafa Kemal adhère à la loge Vedata. Cette loge est composée en grande partie d’étrangers, ce qui le pousse à la quitter.
Au printemps 1908, la révolution Jeunes-Turcs éclate. Niazi, l’un des dirigeants du mouvement, s’isole avec une poignée de partisans dans les montagnes macédoniennes. Mais Mustafa Kemal ne suit pas immédiatement le mouvement, il est persuadé que la révolution serait un échec. Le sultan dépêche l’armée pour mater les maquisards, mais l’armée se révolte à son tour contre le sultan. Celui-ci rejette toutes les fautes sur ses conseillers et annonce la création d’un gouvernement constitutionnel. C’est une victoire pour les Jeunes-Turcs qui s’empressent de rétablir la constitution de 1876.
En 1910, il est envoyé en France et prend part à des manœuvres en Picardie. Il y découvre avec son ami Ali Fethi Okyar la Franc-maçonnerie française et se fait beaucoup d’amis qui l’aident plus tard dans la guerre d’indépendance à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1911, il commence à travailler sous le commandement du chef d’état-major à İstanbul.

Bataille de Tripoli
En 1911, les troupes italiennes prennent Tripoli, territoire alors sous contrôle ottoman. Mustafa Kemal est volontaire pour partir au front.
L’armée ottomane manque cruellement de cadres dans ce pays, et la venue de Mustafa Kemal est appréciée. L’armée lui confie un poste dans la région de Tobrouk et de Derna. L’armée ottomane arrive à y repousser l’armée italienne. Le 22 décembre 1911 l’Empire ottoman remporte la bataille de Tripoli.
Le 6 mars 1912, il prend le commandement militaire de Derna.
Mais en octobre 1912, le Monténégro déclare la guerre à la Turquie, et est immédiatement suivi de la Serbie, de la Bulgarie et de la Grèce. Le gouvernement turc conclut en toute hâte un traité de paix avec les Italiens et ordonne à ses troupes d’évacuer la Libye. Mustafa Kemal repart en direction de la Turquie.

Guerre des Balkans
De retour en Turquie, Kemal y trouve une situation déplorable : les armées ottomanes ont été battues sur tous les fronts. Les Serbes ont progressé sans rencontrer de résistance sérieuse et se sont emparés de Durazzo et de Monastir ; quant aux Grecs ils ont pris Salonique et ont fait plus de 25 000 prisonniers. Les Bulgares eux ont marché sur Istanbul et ont martelé les fortifications de Chataldja. Les Ottomans sont défaits dans pratiquement toutes leurs possessions d’Europe.

Mustafa Kemal prend alors part à la première guerre balkanique. Il est chef d’état major d’une division chargée de défendre la ligne de fortifications située en travers de la presqu’île de Gallipoli en face de Bulaïr. Au cas où cette position stratégique serait prise par les Bulgares, ils contrôleraient alors les Dardanelles, d’où ils pourraient envahir l’Anatolie et prendre Istanbul à revers. Les Bulgares lancent huit offensives qui sont toutes repoussées. Les villes de Dimetoka et d’Edirne sont reprises à l’ennemi. C’est une victoire pour Kemal.

À la fin de la guerre balkanique, le triumvirat confie la réorganisation de l’armée ottomane à l’Allemagne, ce qui irrite les officiers ottomans, dont Mustafa Kemal, qui ne cessent de dénoncer la germanophilie d’Enver Pacha. Pour se débarrasser de lui, ce dernier le nomme au poste de lieutenant-colonel et l’expédie comme attaché militaire à Sofia en 1913.

Bataille des Dardanelles
Suite à l’entrée en guerre de l’Empire ottoman au côté de l’Allemagne et de l’empire d’Autriche, Hakki Pacha affecte Kemal dans une unité commandée par le général allemand Liman von Sanders. Convaincu que l’attaque des alliés se passerait à Gallipoli, il y installe son quartier général.

L’attaque des alliés contre Gallipoli se précise. Von Sanders prépare ses troupes à défendre une côte longue de 80 km. Ne sachant pas où aurait lieu l’attaque principale, il crée trois unités de 20 000 hommes chacune se répartissant sur la côte. Mustafa Kemal reçoit le commandement dugroupe situé devant le cap Hellès, au sud de la péninsule. (Voir article détaillé : Débarquement au Cap Helles).




Sanders charge Kemal de créer la 19e division à Tekirdağ, une brigade composée de Turcs et d’Arabes, à l’arrière des zones de débarquement.
L’attaque franco-britannique a lieu le 25 avril 1915. Mustafa Kemal, se trouve devant l’attaque principale. Il parvient à stopper la progression des Australiens pendant la journée que durent les combats. À la nuit tombante, la crête est toujours entre les mains des Ottomans. Mustafa Kemal contre-attaque durant la nuit et la journée qui suivent, sans parvenir à repousser les australiens. Il est cependant promu au rang de colonel pour avoir tenu la place.

Vers le début du mois de juin, il découvre un point faible dans les lignes ennemies et décide d’y effectuer une percée. L’attaque, préparée pour le 28 juin, doit être exécutée par un régiment turc d’élite, nouvellement arrivé à Gallipoli. L’offensive se solde par un échec cuisant, et le 18e régiment d’infanterie est décimé.

Les Australiens qui avaient pris entre temps un avantage stratégique en prenant la crête de la colline, se préparent à lancer une nouvelle offensive. Le général Von Sanders confie à Mustafa Kemal le commandement du seul corps d’armée présent sur la presqu’île. Dès l’aube, les deux attaques se déclenchent simultanément. Après une terrible bataille, les Turcs en ressortent vainqueurs, empêchant la progression des australiens. Avec cette victoire, Mustafa Kemal se dirige au sud pour prendre le commandement de la bataille de Chonuk-Baïr.

Le combat éclate en pleine nuit. Après une longue bataille les Ottomans balayent les deux bataillons britanniques et rejettent les troupes néo-zélandaises à la mer. Les Britanniques renouvellent leur offensive par deux fois, le 21 et le 22 août, mais ils sont repoussés. Après ce succès, Mustafa Kemal est promu au rang de Pacha – général – et il commande l’ensemble du front d’Anafarta. Durant la bataille des Dardanelles, l’Empire Ottoman, au prix de 253 000 victimes, est parvenu à protéger les Détroits, passage éminemment stratégique. Pendant la bataille, Mustafa Kemal déclare à ses hommes : « Je ne vous ordonne pas de combattre, mais de mourir. »

Autres batailles et activités politiques
Suite à son action dans la bataille des Dardanelles, Mustafa Kemal est considéré comme un héros dans tout l’Empire. Les journaux le qualifient de « sauveur des Dardanelles et de la capitale ». De retour à Istanbul, il se voit toutefois refuser le portefeuille de ministre de la défense par Talat Pacha devenu Grand Vizir à cause de ses critiques virulentes dans les choix militaires de ce dernier. En 1916, il se voit confier le commandement du 16e corps d’armées au Caucase puis celui de la 2e armée à Diyarbakır où, avec l’aide du général Kazım Karabekir et de son chef d’état-major, le colonel İsmet İnönü, il entreprend de reconstituer complètement les troupes mises à mal avec pour objectif de résister aux forces tsaristes. La révolution bolchevique de 1917 désorganise l’armée du Tsar et Kemal lance une offensive contre les provinces chrétiennes : il reprend Muş et Bitlis. Il se prépare à marcher sur Batoumi, lorsqu’il est rappelé en Syrie où les Britanniques soutiennent les indépendantistes arabes. Il est intégré sous les ordres du général allemand Erich von Falkenhayn où il se voit confier le commandement de la 7e armée de « l’Asia Korps ». Il est rapidement démis de ses fonctions pour causes médicales (paludisme). Il passe sa convalescence à Istanbul, où il reçoit les officiers opposés à la présence allemande dans le pays. Il est envoyé en 1918 en Allemagne avec l’héritier de la couronne, le prince Vahidettin dans le but de le réconcilier avec le modèle allemand. Il va au contraire tenter de convaincre le futur sultan de se désolidariser de l’Allemagne qu’il estime en train de perdre la guerre. Il l’incite également à limoger son grand vizir.
De nouveau malade et convalescent, Kemal apprend la mort de Mehmed V. Il décide d’aller à Istanbul pour rencontrer le nouveau sultan et le convaincre de ses vues. Toutefois Mehmed VI, conseillé par son beau frère Damad Ferid ne tient pas compte de l’avis de Kemal et ce dernier est renvoyé en Syrie.

Sur le front syro-palestinien
Arrivé en Syrie le 20 août 1918, il prend pour la deuxième fois le commandement de la 7e armée, composée de deux corps commandés par le colonel Ismet et le colonel Ali Fuad.
L’état des troupes ottomanes est déplorable, beaucoup de régiments ne se composant plus que dix pour cent de leurs effectifs habituels. Les hommes, privés de nourriture et d’eau meurent quotidiennement. Leur moral est au plus bas et il faut user de violence pour les maintenir dans les rangs. Des patrouilles en camion, armées de mitrailleuses, sillonnent les arrières avec l’ordre d’abattre toute personne désertant les rangs, ce qui n’empêche pas les désertions. Pour défendre leurs bases, les Turcs ne disposent que de huit avions et de deux batteries de DCA tandis que les Britanniques, alliés avec les Arabes de l’émir Fayçal, parviennent à masser des effectifs très supérieurs en nombre.
Les efforts de réorganisation de Kemal sont stoppés par une crise de colique néphrétique qui le contraint à rester alité dans son quartier général de Naplouse.
Les Britanniques attaquent le 19 septembre. Les armées turques sont vite balayées et elles sont obligées de fuir devant l’avancée des troupes britannico-arabes. La retraite tourne à la débâcle. Kemal parvient à conserver autour de lui un petit noyau de troupes disciplinées. Ensemble, ils se rendent à Damas, où il décide avec le général Sanders d’abandonner les régions arabes pour défendre l’Anatolie. Le 30 septembre, toutes les troupes ottomanes de Syrie se replient sur Alep.

Kemal utilise la 7e armée pour bloquer toutes les routes menant vers l’Anatolie. Les troupes en fuite se reconstituent. Le 26 octobre, deux régiments de cavalerie hindoue leur font face. Mustafa Kemal se rend aux avant-postes et commande lui-même le tir de ses hommes. Il parvient à repousser vers le sud les troupes britanniques. À ce moment, les Ottomans voient au loin les Britanniques jeter leurs casques et pousser des « hourras » de joie : le gouvernement du sultan Mehmed VI vient de signer avec les alliés le traité de Moudros. L’Empire ottoman vaincu dépose les armes le 30 octobre 1918.

La fin de l’empire
Kemal doit se rendre à Adana pour recevoir le commandement militaire de toutes les forces armées ottomanes. Espérant que le gouvernement turc dénoncera ce traité d’armistice, il essaie de gagner du temps. Il refuse d’évacuer Alexandrette. Un télégramme d’Istanbul lui intime l’ordre de collaborer avec les forces britanniques. Refusant de voir son pays occupé, il réunit des officiers, constitue des dépôts d’armes et de munitions dans les montagnes voisines et recrute des partisans.
Le 20 novembre, il est convoqué à Istanbul où il se rend compte des conséquences de l’accord d’armistice pour le pays. L’Empire ottoman est dépecé et envahi : l’Arabie, la Syrie, la Palestine, la Macédoine, la Thrace et la Mésopotamie passent sous le contrôle des alliés. Des cuirassés britanniques sont ancrés dans le Bosphore, les troupes britanniques occupent Istanbul, les Français, les Britanniques, les Italiens et les Grecs se partagent les villes turques.

Début de l’occupation et organisation de la résistance
Les partis politiques sont extrêmement divisés sur l’attitude à adopter par rapport aux occupants. Certains veulent transformer l’Empire ottoman en un protectorat américain. Pour Kemal, l’occupation étrangère est vécue comme une humiliation. Il tente de convaincre les partis politiques de ne pas accorder leur confiance au Grand Vizir, Tewfik Pacha. Mais ceux-ci le soutiennent à une écrasante majorité. Kemal tente malgré tout de convaincre le sultan de résister à l’occupant, ce que ce dernier refuse. Il considère Kemal comme un homme vulgaire, dangereux et impulsif auquel il ne fait pas confiance. Le lendemain, il dissout le parlement et nomme son beau frère, Damad-Férid Pacha, Grand Vizir.

Kemal est isolé et ses appels à la résistance ne rencontrent guère d’écho. La démobilisation de l’armée met un terme à sa carrière militaire. Il se retire à Shishli, aux environs d’Istanbul en compagnie du colonel Arif. Quelques mois plus tard, les alliés se retrouvent en difficulté face à leur opinion publique qui demande la paix et la démobilisation des troupes. Les Français, les Britanniques et les Italiens décident de démobiliser une partie de leurs troupes stationnées dans l’Empire Ottoman. En mai, les troupes grecques se déploient la région de Smyrne, ou vit la minorité grecque d’Asie Mineure[3] ce qui va attiser la rancœur turque. Les appels à la lutte se font de plus en plus insistants à la suite de ce déploiement. Kemal est rappelé pour mater la rébellion.
Il embarque avec le colonel Arif et Refet sur le Bandırma en direction de Samsun, mais un rapport de police remis à Mehmed VI le dénonce comme sympathisant de la cause rebelle. Celui-ci ordonne son arrestation. Kemal débarque à Samsun le 19 mai 1919 où il est étroitement surveillé par les Britanniques. Pour échapper à cette filature, il transfère son quartier général à Kavas puis à Amasya.

Le 22 juin, Refet, Ali Fuat et Rauf Orbay prennent le parti de Kemal et décident d’unifier les organisations de résistance sous les ordres d’un état-major unique.
Kemal cesse alors toute relation avec le pouvoir impérial et constitue un nouveau pouvoir politique en Anatolie. Il s’assure le soutien des officiers initialement rétifs à sa politique. Un congrès est convoqué à Sivas pour le mois d’octobre et tout l’Empire est invité à y envoyer des délégués. Kemal y obtient le soutien des principaux chefs militaires du pays.
Fort de ce nouveau statut et secondé par les inspecteurs et commandants régionaux, il organise les mouvements populaires. Dans chaque ville et dans chaque village, les comités de résistance populaire se créent. Les officiers démobilisés sont les premiers à répondre à cet appel, entraînant avec eux un nombre croissant de volontaires.
Le sultan Mehmed VI demande des explications à Kemal sur ses activités. Kemal lui demande de se mettre à la tête du nouveau mouvement de résistance. Furieux, Le sultan le relève de ses fonctions le 8 juillet 1919 et casse son grade de général. Il signifie aux autorités militaires et civiles de ne plus obéir aux ordres de Kémal.
Kemal annonce à ses officiers cette crise ouverte entre le sultan et lui :
« Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Si nous poursuivons notre lutte, nous ne devrons compter dorénavant que sur nous-mêmes. Le gouvernement impérial sera contre nous. »

Il reçoit le soutien de ses compagnons, à la condition qu’il ne porte pas atteinte à l’autorité ou au prestige du sultan.
Il avance à septembre la date de la tenue du congrès de Sivas et entre-temps convoque un congrès à Erzurum du 23 juillet au 7 août 1919 au cours duquel Kemal obtient le soutien de Kazim Karabékir qui est à la tête de la 2e armée du général Békir.

Le Congrès de Sivas
La première séance plénière a lieu le 13 septembre 1919. Mustafa Kemal a une vision claire de l’avenir à donner à l’ex-empire, sur la politique à mettre en œuvre et sur l’attitude à adopter vis-à-vis du sultan. Le Congrès se prononce pour une indépendance absolue et totale du peuple turc dans un cadre restreint, plutôt qu’à une autonomie relative dans un cadre plus large.

Le sultan tente de mettre fin au congrès en ordonnant au gouverneur de la Malatya, Ali Galib, d’armer des miliciens kurdes et de les faire marcher sur Sivas. Deux régiments d’infanterie montée du général Békir défont ces milices.
Kémal étant à présent fort d’une nouvelle autorité, personne n’ose plus remettre en cause ses décisions. L’assemblée constitue rapidement un Comité exécutif dont il est nommé président. Il fait ériger ce comité en gouvernement provisoire qui obtient le droit d’agir en toute indépendance du pouvoir impérial.

Kemal provoque des élections générales dans tout le pays et demande au Congrès d’envoyer un ultimatum au Sultan, lui intimant de renvoyer le Grand Vizir, Damad Férid Pacha, coupable d’avoir provoqué la rébellion kurde. Ne recevant aucune réponse, il décide d’isoler Istanbul du reste de l’Anatolie. Il fait réquisitionner les lignes télégraphiques, saisir les impôts et le courrier officiel et remplace les fonctionnaires fidèles au sultan par des fonctionnaires acquis aux idées révolutionnaires. Ceux qui hésitent à appliquer ses directives sont menacés d’exécution.

Mehmed VI réplique en appliquant la stratégie de son oncle, Abdülhamid II. Il limoge son Grand Vizir, rouvre le parlement et convoque de nouvelles élections. Il signe par ailleurs un accord secret plaçant l’Empire ottoman tout entier sous mandat britannique et stipulant que le sultan, « met la puissance morale et spirituelle du Califat au service du Royaume-Uni dans tous les pays musulmans où s’exerce son influence. »

Dans l’attente des élections, l’assemblée transfère son siège de Sivas à Ankara le 27 septembre 1919. Mustafa Kemal se voit très vite isolé politiquement, y compris par ses proches tels que Rauf Orbay. Les députés demandent le départ des forces occupantes. La réponse britannique est cinglante : 100 000 soldats marchent sur Istanbul et arrêtent plus de cent cinquante députés qu’ils déportent à Malte et ferment le parlement. İsmet İnönü et Fevzi Çakmak parviennent à prendre la fuite et à rejoindre Kemal.

La Grande assemblée nationale de Turquie
Loin de condamner l’action britannique, Mehmed VI met au contraire la tête de Kemal à prix. Pendant ce temps, Kemal organise de nouvelles élections. Les nouveaux députés se réunissent à Ankara et le 23 avril 1920, un nouveau pas vers la création de la république turque est accompli avec la fondation de la Grande assemblée nationale de Turquie (Türkiye Büyük Millet Meclisi). Le 29 avril 1920, un Comité exécutif est élu. Ce comité déclare que le nouveau parlement est le gouvernement légal et provisoire du pays.
Mustafa Kemal est élu président de l’assemblée à l’unanimité. Il franchit une étape supplémentaire vers la fin du sultanat en déclarant sans valeur juridique les décisions du gouvernement légal d’Istanbul car occupé par les britanniques. En réponse aux nationalistes, le ministre de la guerre Soliman Chevket Pacha se voit confier par le sultan, avec le soutien des Britanniques, le commandement de l’Armée du Calife.

La guerre civile
Le sultan, relayé par les Hodja et les prêtres, exhorte les Turcs à prendre les armes contre les nationalistes de Kemal, présentés comme les ennemis de Dieu. L’inévitable guerre civile éclate dans toute sa brutalité. À Konya, les insurgés arrachent les ongles et écartèlent les envoyés de Kemal. En représailles, les notables de la ville sont pendus publiquement par les forces kemalistes.
Les nationalistes essuient plusieurs défaites, et l’armée du Sultan se rapproche d’Ankara, siège du nouveau parlement. Des désertions ont lieu chez les troupes les plus fidèles à Mustafa Kemal. Ce dernier se voit contraint de se replier.

Traité de Sèvres
À la grande stupeur des Turcs, le traité de Sèvres qui consacre le dépeçage de l’Empire est signé par Mehmed VI le 10 août 1920. En Anatolie, les territoires ethniquement arméniens avant les massacres de la guerre deviennent indépendants. Les zones partiellement grecques de la côte (Smyrne) sont rattachées à la Grèce, le Kurdistan devient autonome. Les zones ethniquement turques sont divisées en zones d’influence des puissances occidentales. L’armée est dissoute, et un système de tutelle étrangère mis en place. Pour Norbert de Bischoff, « Ainsi s’effondrait après une chute sans égale, un des plus grands empires qu’ait connus l’histoire moderne ». Le rejet est très vif dans la population turque. « Si cedocument fut signé par le gouvernement ottoman d’Istanbul, la plupart des Turcs, dans la presque totalité du pays, ne reconnaissent que l’autorité du gouvernement d’Ankara dirigé par Mustafa Kemal qui, lui, refuse catégoriquement ce traité et ses clauses. »

Les Turcs prennent fait et cause pour les nationalistes. De toute l’Anatolie, hommes, femmes et enfants affluent vers Ankara. Font partie du mouvement fonctionnaires, anciens députés, généraux et officiers, ingénieurs, agents de chemin de fer, etc. Mustafa Kemal constitue aussitôt un gouvernement de salut public, et il charge des généraux d’organiser la défense nationale. L’armée du Calife se désagrège d’elle-même en quelques jours, sauf à Ismit où elle sert de couverture à la garnison britannique.
Le spectre de la guerre civile s’éloignant avec le basculement massif en sa faveur, Mustafa Kemal s’attaque aux troupes étrangères. En septembre 1920, Kemal charge Kazım Karabekir d’attaquer et de repousser les forces arméniennes au-delà des frontières turques. S’ensuivent les reprises des villes de Sarıkamış le 20 septembre 1920, de Kars le 30 octobre 1920 et de Gumri le 7 novembre 1920. Un traité de paix avec l’Arménie est signé à Gumri. Les Turcs sont soutenus par les soviétiques qui leur livrent des armes. Lénine et Trotski envoient le vice-commissaire Frounze pour appuyer et conseiller l’armée turque. L’objectif suivant des troupes kémalistes est de mater les revendications autonomistes kurdes, ce qui est rapidement réglé.

En janvier 1921, les villes de Kahraman Maraş et Şanlı Urfa (1919-1921) puis de Bozanti sont reprises aux Français. Le gouvernement d’Ankara signe un traité de paix provisoire avec la France libérant la Cilicie. Par la suite, l’armée de Kemal repousse les forces italiennes, forcées de fuir le pays. Enfin, Mustafa Kemal décide de libérer Istanbul. Après une attaque fulgurante contre les forces britanniques, le Haut-commissaire britannique prépare ses hommes à l’évacuation. Le sultan promet aux puissances signataires du traité de Sèvres d’accepter le protectorat de « celle d’entre elles qui serait disposée à lui prêter assistance ».

Comme les alliés n’ont plus les moyens d’envoyer des hommes combattre les forces de Mustafa Kemal, le politicien grec, Eleftherios Venizelos propose aux alliés de confier la prise de l’Empire ottoman à la Grèce. Son but est de reconstituer la grande Grèce.

Guerre gréco-turque
Le pacte est conclu en moins de 48 heures, et la Grèce envoie une première armée en Thrace orientale. Elle encercle et désarme la 1re armée turque commandée par le général Jaffar Tayar. Puis, cette même armée débarque à Edirne et désarme les forces turques. D’autres armées grecques interviennent également.

En 1921, les Turcs perdent du terrain et Kemal, conscient de la faiblesse des troupes irrégulières, lève au printemps une armée régulière en y intégrant les maquisards et l’armée verte de Edhem[6]. Mais Edhem refuse catégoriquement de rejoindre l’armée régulière, et il propose au contraire ses services au Sultan. Mehmed VI refuse, et Edhem se met alors au service des Grecs, et fait envoyer à l’Assemblée d’Ankara une proclamation dans laquelle il déclare : « le pays est las de la guerre. Le seul qui la désire encore est Mustafa Kemal. Renvoyez cette brute sanguinaire et concluez immédiatement la paix. Je me fais l’interprète des vœux de la nation. »




Kemal n’a d’autre choix que de confier à İsmet İnönü la mission de combattre l’Armée verte. Les forces régulières de Refet Pacha capturent l’état major d’Edhem et désarment ses soldats à Kütahya. Edhem s’enfuit et rejoint les Grecs, avec lesquels il établit une collaboration. Le général grec Papoulas décide de mener son attaque au mois de janvier 1921. Le 6 janvier, les Grecs prennent la ville d’Afyonkarahisar. İsmet İnönü lance sa 61e division et un groupe de cavalerie sur Kütahya, puis il contre-attaque victorieusement à la hauteur d’Inönü. (Voir article détaillé : Batailles d’Inonu) C’est la première victoire d’İnönü (6-10 janvier 1921) et des nouvelles forces kémalistes contre les forces grecques. Cette bataille a un retentissement énorme dans tout le pays. Mustafa Kemal utilise cette victoire à son avantage en convoquant en séance plénière le parlement le 20 janvier 1921. La loi constitutionnelle affirmant « la base de l’État turc est la souveraineté du peuple. » y est votée.

Norbert de Bischoff écrit à ce sujet :
« la déclaration du 20 janvier 1921 fut le premier coup de hache porté dans l’ancienne constitution ottomane, la première fois que fut opposé à la souveraineté du Sultan-Calife le principe démocratique qui fait dériver tout le droit constitutionnel et toute la puissance politique de la souveraineté du peuple. La loi du 20 janvier 1921, ne créait pas un statut provisoire, un statut de fortune : elle posait des normes constitutionnelles permanentes, totalement différentes de celles qui avaient régi la Turquie jusqu’à ce jour. »

Dans le même temps, le gouvernement cesse de s’appeler “Gouvernement provisoire” et prend le nom de “Gouvernement de l’Assemblée nationale”.

La Turquie kémaliste
Après s’être débarrassé de toute opposition, Mustafa Kemal modifie le mode de fonctionnement de l’Assemblée Nationale. Dorénavant, les députés seront choisis exclusivement parmi les membres du Parti républicain du peuple, qui devient de fait parti unique. Les membres du parti sont désignés par le président du parti qui est Mustafa Kemal, et le Président de la République est élu par les députés de l’Assemblée. Le système électoral est dès lors fermé et plus aucune opposition ne se manifeste alors au sein du parlement.

Le parlement renouvelle le mandat présidentiel de Mustafa Kémal en 1927, 1931 et 1935 qui refuse de devenir président à vie. En 1930, il déclare : « Je ne mourrai pas en laissant l’exemple pernicieux d’un pouvoir personnel. J’aurai fondé auparavant une République libre, aussi éloignée du bolchevisme que du fascisme[12]. »
Le verrouillage politique du pays lui permet de mener la révolution qu’il souhaite mettre en œuvre : la Révolution à toute vapeur. Il entreprend la construction de la nouvelle Turquie mais il se heurte à un problème de financement : les caisses de l’État sont vides. Il se voit conseillé de recourir au crédit étranger. Or d’après lui, « le meilleur moyen de perdre son indépendance, c’est de dépenser l’argent qu’on ne possède pas. » Il a en mémoire les effets qu’a eu la dette ottomane sur l’Empire ottoman et sur l’économie du pays, et il pense qu’en ayant recours aux capitaux étrangers, la Turquie perdrait une partie de son indépendance.

Pour financer ses projets, il décide de créer plusieurs banques, comme la Sumer Bank et la Eti Bank patronnées par la Merkez Bankasi (la banque centrale-1930). Ces banques drainent les capitaux pour mettre en œuvre des plans de développement économique.
Grâce à ces sources de financement, des milliers de kilomètres de routes sont construits ainsi que plusieurs centaines de ponts, un réseau de chemins de fer est créé, ce qui permet de désenclaver l’Anatolie pour accéder à un développement économique homogène. L’agriculture est revalorisée, les paysans disposent de plus de moyens et d’outils agricoles, leurs fermes deviennent plus spacieuses et plus propres. Et pour la première fois de leur histoire, ils peuvent épargner pour préparer l’avenir de leurs enfants.

Le gouvernement kémaliste entreprend avec l’aide de l’URSS d’importants plans d’industrialisation. Des dizaines de centrales électriques sont ainsi construites pour l’industrie naissante. Des dizaines de fabriques de sucres et de ciments sont créées. Suivies par des verreries et des fabriques de céramiques, des fonderies, des aciéries et des usines de produits chimiques.

Problèmes de santé
Atatürk ne s’est jamais beaucoup soucié de sa santé. Il ne prend pas au sérieux les recommandations de ses médecins lui conseillant de prendre du repos. Ainsi après la bataille des Dardanelles il est contraint de passer une partie de l’année 1918 dans un hôpital de Vienne pour suivre une cure suite à des problèmes rénaux. En 1927 il est victime de plusieurs spasmes coronariens. Plus tard ses problèmes rénaux le rattrapent, et il décide pourtant de continuer à travailler pendant sa cure, ce que les médecins lui ont déconseillé de faire.

Il entreprend des voyages dans des pays lointains alors même que ses proches lui demandent de rester pour ne pas détériorer sa santé. Suite à un important voyage à Adana son état de santé se détériore. Le 6 septembre 1938 il rédige son testament où il affirme: « Je ne laisse, en tant qu’héritage spirituel, aucun verset, aucun dogme, aucune règle pétrifiée et figée. Mon héritage spirituel, c’est la science et la raison (…). Tout dans ce monde évolue rapidement. La conception du bonheur et du malheur se modifie, au fil du temps, chez les peuples et les individus. Affirmer, dans ce contexte, que l’on a su inventer des recettes éternellement valables équivaudrait à renier l’incessante évolution des idées et de la science. (…) Nul n’ignore ce que j’ai essayé de faire, ce que je me suis efforcé de réussir pour le bien de la nation turque. Ceux qui, après moi, voudront avancer dans mon sillage, sans jamais s’éloigner de la raison et de la science, deviendront mes héritiers spirituels. »

Il meurt d’une cirrhose le 10 novembre 1938 à 9h05, dans le palais de Dolmabahçe à İstanbul. Ses derniers mots sont Au revoir avant de plonger dans un profond coma. Il est enterré au musée ethnographique d’Ankara le 21 novembre 1938. Les chefs d’État du monde entier viennentprésenter leurs hommages au cours de ses funérailles. Depuis le 10 novembre 1953, son corps repose à l’Anıtkabir, à Ankara.

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